De victimes à « coauteures » ? La place des femmes dans les stages de responsabilisation pour auteurs de violences conjugales en France

Dans la plupart des pays ayant criminalisé les violences conjugales, la question des agressions dites « réciproques » se pose. Dénoncées par des spécialistes féministes, ces situations correspondent souvent à des gestes réactifs d’autodéfense de la part des femmes. Pourtant, qualifier pénalement la...

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Authors: Casas Vila, Glòria 1984- (Author) ; Brox Sáenz de la Calzada, Alicia (Author)
Format: Electronic Article
Language:French
Published: 2025
In: Criminologie
Year: 2025, Volume: 58, Issue: 2, Pages: 243-267
Online Access: Volltext (kostenfrei)
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Description
Summary:Dans la plupart des pays ayant criminalisé les violences conjugales, la question des agressions dites « réciproques » se pose. Dénoncées par des spécialistes féministes, ces situations correspondent souvent à des gestes réactifs d’autodéfense de la part des femmes. Pourtant, qualifier pénalement la légitime défense demeure une tâche complexe. En France, des femmes condamnées pour violences au sein du couple peuvent être obligées de réaliser des stages de responsabilisation pour auteurs de violences conjugales (RAVC). Cet article présente les résultats d’une enquête qualitative exploratoire basée sur 23 entretiens, avec des professionnels et professionnelles sociojuridiques (n = 18) en lien avec ces mesures ainsi qu’avec des femmes victimes (n = 5) ayant reçu une convocation pour y participer en tant qu’auteures. Leurs récits révèlent les effets de la victimisation secondaire subie, exemple paradigmatique des violences de genre institutionnelles. Quant aux professionnels, la mixité dans les stages semble être à l’origine d’un certain « malaise » qui pourtant coexiste avec des discours prônant la neutralité du droit face aux violences conjugales. Mots-clés : Violences conjugales, coauteurs, rapports de genre, stages de responsabilisation/mesures alternatives aux poursuites, légitime défense
In most countries where domestic violence is criminalized, the question of so-called mutual abuse arises. These situations, which are denounced by feminist specialists, often correspond to reactive acts of self-defence on the part of women. However, the task of qualifying such acts of self-defence under criminal law remains complex. In France, women charged with domestic violence can be required to take part in programs for perpetrators of intimate partner violence. This article presents the results of an exploratory qualitative study based on 23 interviews with socio-legal professionals (n=18) involved in these measures, as well as with female victims (n=5) who have been legally considered as perpetrators, so as to understand their place within these programs and the way in which legal actors make sense of it. Their narratives reveal the effects of secondary victimization, a paradigmatic example of institutional gender violence. For professionals, mixed groups (men/women) in programs for perpetrators seems to be at the root of a certain “malaise”, which nevertheless coexists with discourses advocating the law neutrality about domestic violence. Keywords: Domestic violence, programs with perpetrators, gender inequalities, mutual abuse, self-defence
ISSN:1492-1367
DOI:10.7202/1121883ar